GP3A – Le très haut-débit aux portes de Bégard… mais il faudra un peu attendre !

Date de l'évènement: 
Mardi, 17 Octobre, 2017

Mardi 17 octobre (2017), le deuxième Conseil d'Agglomération (NDLR : Voir Véolia perd les eaux à Paimpol) présidé par Vincent Le Meaux avait pour objectif de valider la programmation de la 2ème phase du déploiement du haut-débit sur le territoire et d'approuver la convention de co-financement ...

... de la tranche 2 de la phase 1 de ce même projet. "Je suis un heureux bénéficiaire de la phase 1, introduit Rémy Guillou en charge de ce sujet au sein de l'exécutif de GP3A(1) ; La fibre est arrivée à la maison et je bénéficie du haut-débit ; Du coup, malicieusement, mon fils m'a dit qu'il fallait maintenant changer l'ordinateur !". Après cette sympathique introduction dont on se gardera de faire une généralisation – le haut débit n'implique pas le changement du matériel ! - il explique : "Le programme Mégalis Bretagne(2) a pour objectif d'installer la fibre optique  dans tous les foyers bretons d'ici 2030 ; C'est un vaste programme, ambitieux, mais fondamental si on veut pousser notre territoire dans le 21ème siècle et donner toutes leurs chances aux habitants de notre territoire". Sur le territoire de GP3A, 46.452 foyers (habitations, entreprises et collectivités) sont concernés ; Ce déploiement se fait par tranches ; Trois (3) tranches plus exactement ; La première se terminera en 2018 et aura raccordé 13.577 foyers. La deuxième, de 2018 à 2023, va raccorder 12.977 foyers et la troisième raccordera, pour 2030, les 19.898 foyers restants à l'échéance de 2030… à moins que cela aille plus vite, comme le souhaite Emmanuel Macron qui fixe la couverture en "haut et très haut-débit en 2020". "Il y a plusieurs manières d'attendre le haut débit, rappelle Rémy Guillou ; On atteint le haut-débit dès que l'on a 30Mbit/s ; La fibre optique va bien au-delà (de 100 Mbit/s à 1Gbit/s)" et de préciser qu'il y a plusieurs manières d'arriver à 30Mbit/s sans passer par la fibre : Le satellite, la 4G "qui va se déployer de plus en plus" et le nouveau standard VDSL2(3) pouvant fournir un débit jusqu'à 95Mbit/s sur fils de cuivre, donc en utilisant le réseau téléphonique comme le fait actuellement l'ADSL et l'ADSL2(4). "Ce sera largement suffisant aujourd'hui, dit le vice-président Guillou, mais les besoins vont croitre avec la FO…". En résumé, certains bénéficient déjà de la fibre, dans les entreprises, dans les maisons, d'autres vont en bénéficier dans la tranche 2 et d'autres devront attendre la phase 3. "Il faut que nous expliquions aux gens qu'il n'est pas possible de déployer la fibre sur tout le territoire en un an, en deux ans… C'est un travail qui s'inscrit dans la durée et notamment pour des raisons financières" ajoute Rémy Guillou qui donne quelques précisions sur ce point :

Financement du programme : gratuit pour les communes

Le déploiement de la fibre sur le territoire de GP3A n'impacte pas financièrement les communes. "Le choix fait par GP3A, qui ressemble à un choix structurant et fondamental pour créer une politique de territoire, a été de financer le très haut débit financé entièrement par l'agglo. Il n'y a pas de partie à charge pour les communes" déclare Rémy Guillou, qui décrit, par un exemple simple, comment est articulé ce financement : "L'installation d'une prise revient en moyenne à 2.000€, Sur ces 2000€, 400€ sont investis par l'Europe (Programme FEEDER), 310€ par l'Etat, la Région et le Département garantissent un emprunt de 400€, la Région et le Département investissent 445€ et pour ce qui nous concerne, l'EPCI, nous mettons 445€".

Déploiement de la phase 2 – Critères de choix

En l'état, à l'issue de la phase 1, un certain nombre de zones reste à couvrir… "Les règles fixées par Mégalis étaient claires : il fallait qu'il y ait une égalité de traitement entre l'urbain et le rural" expose Rémy Guillou ; Autrement dit : une prise en ville, une prise à la campagne. "Concernant l'urbain, ajoute-t-il, trois villes restent à déployer : Bégard, Ploumagoar, et Callac… Mais aucune de ces trois communes ne sera couverte à 100%...". Pour les zones rurales, des critères "objectifs" ont été établis : "mettre la fibre là où il y a les plus faibles débits et couvrir toutes les zones d'activité afin d'accompagner nos entreprises dans l'utilisation de la fibre optique. Pour le reste, les habitations, on prend celles qui ont le plus faible débit". Ainsi donc, seront mis en tête de liste les foyers ayant un débit inférieur à 3Mbit/s ; "Pour les débits entre 8 et 30Mbit/s, nous avons estimé que c'était suffisant pour le moment, même si, c'est clair, il faudra déployer la fibre partout, car le très haut débit est à ses début et son utilisation ira croissant". Techniquement, rappelle l'élu, le déploiement se fait en fonction des nœuds de raccordement optique, "ce qui fait que pour certaines communes, 15-20 maisons pourraient ne pas être raccordées car il est plus facile de le faire à partir du nœud de raccordement situé sur la commune voisine. Il faut faire comprendre que c'est pour faire des économies que l'on fait comme cela alors que dans la phase 1, on avait privilégié la limite territoriale, ce qui avait amené à faire des travaux de voirie importants".

Actuellement, le déploiement est essentiellement aérien, ce qui fait que la phase 1 a été retardée, notamment, pour cause de non élagage des talus. "Quand il y a du bois, la fibre optique n'est pas posée ; Aussi, il faudra que les maires s'assurent, quand la fibre arrive, que les talus soient nettoyés par les propriétaires".

Pour Jean-Pierre Guintini dont la commune – Coadout - a la chance d'avoir été raccordée dans la 1ère phase, ce n'est pas encore parfait : "Depuis 2014, j'annonce à mes concitoyens qu'on va passer dans le 21ème siècle… Mais je ne suis pas sûr qu'on y passe encore cette année ; On est encore au 19ème siècle car on a toujours des zones blanches sur la commune". Cette remarque lui vaudra plus tard une gentille ironie de la part de Rémy Guillou : "Il faut se réjouir que Coadout soit encore au 19ème siècle… cela fera une belle commune à visiter et a inscrire dans un parcours touristique".

Le maire de Coadout regrette par ailleurs d'être obligé de devoir faire un élagage pour l'arrivée de la fibre alors qu'un mois après, ce déploiement n'est toujours pas fait. "On est obligé de faire un deuxième élagage, voire peut-être un troisième, cela pose problème !". Par ailleurs," en tant que chargé des espaces verts", il trouve que le déploiement, tel qu'il est fait en aérien, dénature le paysage : "je trouve moches les poteaux tels qu'ils sont mis en place un peu partout… On double les poteaux existants, on triple… on en a partout… Pour la phase 2, ce serait bien d'envisager d'autres solutions… comme l'enfouissement…".

Si Hervé Le Gall signale, pour avoir travaillé dans la partie, "qu'on ne doit pas doubler le nombre d'appuis", Christian Coail trouve là une logique : "Le réseau cuivre actuel fait que dans certaines communes vous êtes connectés à un central qui peut se trouver dans une autre commune. Avec la fibre optique, vous êtes connectés à un NRO(5), dans la commune très souvent, ce qui fait que par endroit, on vient construire de nouvelles lignes… et on ajoute d'autres poteaux".

Jacques Mangold est d'accord sur le zonage proposé, mais il s'interroge sur les zones côtières dont la population double pendant l'été, : "un doublement dû à une population qui vient essentiellement de zones urbaines et qui est habituée à avoir un très haut débit. C'est un critère de non attractivité". (NDLR : Ceci dit, une grande ville ne veut pas toujours dire des grands débits : Pour un débit montant de 12Mbit/s à Bégard, nous avons rencontré des débits d'à peine 4Mbit/s dans certains quartiers de Marseille, le 12ème par exemple…).

Enfin, l'élu de Plouézec s'interroge sur le financement de la troisième phase : "Que deviendra le financement de la phase 3 s'il n'y a pas de stabilité territoriale ? On ne sait pas où l'on sera en 2023… Certains disent que l'on sera avec Lannion !". Sur ce dernier point, Rémy Guillou répond qu'effectivement, "rien n'est assuré à ce niveau ; Mégalis y travaille, mais rien n'est signé !" puis suite à une intervention de Yannick Kerlogot - difficile à retranscrire ici (NDLR : presqu'inaudible ! Les micros de GP3A ne doivent pas être les mêmes que ceux de l'Assemblée Nationale) - dans laquelle il était question des opérateurs privés qui s'intéressent de plus en plus aux zones rurales (!), le vice-président en charge du numérique déclare : "Les opérateurs s'intéressent de plus en plus aux zones rurales… et s'ils sont disposés à mettre la fibre sans que l'agglo ait à financer ce déploiement, Vincent Clec'h sera très heureux", puis de préciser : "Mais les opérateurs ont fait le choix d'aller sur les zones denses, là où il y a plus de rentabilité pour eux".

Vincent Clec'h justement, en charge des finances, rappelle qu'avec plus de 43.000 prises sur le territoire, à 445€ la prise, cela va faire plus de 19 millions d'euros qu'il va falloir engager jusqu'en 2030 ; "Sur 13 ans, cela fait 1,5 million d'euros tous les ans. Je pense que c'est un acte fondateur de l'agglo puisque que cela va servir toutes les communes mais venir sérieusement oblitérer nos capacités de financement sur d'autres projets et il faudra en tenir compte".

En saisissant une perche tendue par le président du GP3A suite à une nouvelle intervention du député Kerlogot, c'est à Cinderella Bernard que reviendra la dernière intervention du débat : "Le numérique sur le territoire est une chance… Mais ce que l'on voit aujourd'hui, comme conséquence du numérique - qui n'est pas encore arrivé chez nous ! - ce sont des services publics de proximité qui quittent le territoire et ça, c'est dramatique, car la population n'est pas encore prête à utiliser le numérique". Elle fait référence à la fermeture confirmée par le Directeur Départemental du Trésor Public, de la trésorerie de Bégard.

L'accord sur les périmètres des zones proposées pour le déploiement de la phase 2 de la Bretagne Haut-Débit appliquée au territoire de GP3A et le nombre de prises concernées – soit 12.328 – et le montant de la participation de 5.485.96€ sont unanimement votés [Vote] par les élus communautaires. Dans le même élan, ils voteront [Vote] la convention de co-financement de 4.482.930€ correspondant aux 10.074 branchements de la tranche 2 de la phase 1.

NDLR : Voir les zones globales de déploiement (nord) ICI et (sud) ICI, les zooms sur Bégard ICI et Ploumagoar ICI et la liste des répartiteurs et le nombre de foyers desservis ICI

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Notes : (1) GP3A : Guingamp Paimpol Armor Argoat Agglomération – (2) Mégalis Bretagne – Syndicat Mixte chargé d'animer et de gérer le projet Très Haut Débit, d'encourager le développement et l'usage des réseaux de communication électronique et de favoriser le développement de l'administration électronique – Le Comité syndical est composé de la Région, du Département et de représentants des EPCI(3), soit en tout 64 membres – (3) EPCI : Etablissement Public de Coopération Intercommunale – (3) VDSL2 : Very high speed Digital Subscripter Line 2 – (4) ADSL : Asymmetric Digital Subscriber Line – (5) NRO : Nœud de Raccordement Optique

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