"L'air de rien", la Tannerie, c'est aussi un outil pédagogique

Date de l'évènement: 
Mercredi, 23 Avril, 2014

Mardi 23 avril (2014), après avoir expliqué aux élèves d'une classe de 6ème du collège François Clec'h l'histoire du lieu dans lequel ils se trouvent : une tannerie devenue un centre d'art contemporain, Erwan Le Bourdonnec, ...

... artiste, architecte et enseignant, leur explique son travail : "Mon travail d'artiste, c'est le ciel" puis les invite à exprimer leurs ressentis : "Quelle forme a le ciel selon vous ?" Les réponses fusent : "Ca n'a pas de forme…, c'est une infinité, on ne peut pas savoir car cela change toujours…" répondent tour à tour les enfants. "On est entré dans le sujet, dit Erwan, car j'ai les mêmes problèmes que vous ! Je ne peux pas savoir qu'elle forme il a, car ça change tout le temps. Le ciel, on sait qu'il existe, mais c'est presque une idée et un idée de quelle forme ? Donc mon travail consiste à donner une forme au ciel". Appelant les enfants à exprimer ce qu'ils voient sur de grands tableaux que leur montre Erwan - "Une maison, un escalier, le ciel, une peinture pas finie, des nuages dans le ciel ..." – l'artiste confirme : "Effectivement, le ciel prend la forme que l'architecture, les maisons lui donnent, ce que l'architecture veut bien lui laisser…". Très pédagogue, il fait ensuite remarquer les couleurs du ciel qui correspondent à des moments de la journée : "Ici, c'est un ciel de jour, là on est en fin de journée, il y a un petit dégradé entre bleu clair et bleu foncé, on a le sentiment d'une profondeur, quelque chose comme si le ciel devenait plus épais au fur et à mesure que l'on regarde vers l'horizon. Et c'est le cas, car si l'on regarde verticalement, le ciel étant une sphère, il y a moins de ciel au-dessus de nous que lorsqu'on regarde vers l'horizon où notre regard traverse plus de ciel. C'est cela qui fait que la lumière est différente, le soir quand le soleil se couche, entre chiens et loups… Vous savez ce que cela veut dire entre chiens et loups ?"… Puis l'exercice se poursuit tout au long de la galerie… Les élèves sont à l'écoute, captivés, participatifs, curieux, visionnaires, plein de bon sens. C'est un bon exercice de décryptage auquel se livre Erwan Le Bourdonnec. Il donne des clefs de lecture sans enfermer les jeunes dans une interprétation restrictive et de fait banalisée de son travail.

"Sur deux semaines, on a été reçu avec 3 classes de 6ème, explique Emmanuelle Bougé, le professeur d'Arts Plastiques du collège, qui accompagne les élèves, et très bien reçu… j'insiste ! Ils ont eu une explication, ensuite ils font des croquis et je leur fait faire un petit exercice pour qu'ils essaient, à leur tour, de trouver les bords du ciel. C'est une façon d'ouvrir des petites fenêtres, de les faire rechercher, de créer. En cours de français, nous avons aussi proposé de travailler sur le texte de François Seigneur qui a écrit la présentation de l'exposition dans le livret et qui parle de "l'homme qui peint les bords du ciel". J'ai trouvé cela très beau…". Le feed-back des enfants est très satisfaisant. "Après coup, majoritairement, les enfants étaient très contents, notamment de rentrer dans ce lieu devant lequel ils passent régulièrement. Ensuite, au niveau du travail, regarder le ciel, les nuages, y voir des éléphants, des grenouilles… on l'a tous fait et cela correspond bien à leur imaginaire d'enfants". Le travail se poursuivra en classe d'Arts Plastiques : "En ce qui me concerne, confie Emmanuelle Bougé, j'aimerais travailler sur la matière, sur plusieurs techniques pour qu'ils arrivent à faire du ciel d'une manière un peu marrante, avec des tâches d'encre par exemple". Pour l'enseignante, "l'exercice n'est pas très ambitieux, c'est un petit prolongement" mais ce qui importe à ses yeux, c'est qu'ils rencontrent l'artiste. "C'est une première collaboration … C'est le début de quelque chose je pense" conclut-elle.

Interrogé à son tour, Erwan Le Bourdonnec se dit très satisfait de la démarche : "Ils posent des questions eux. Ils n'ont pas de complexe, ce que j'aimerais parfois avec un public qui se retient, qui hésite, qui ne veut pas rentrer dedans. Les enfants, ils ont le bon mot. C'est bien d'apprendre à dessiner, mais c'est encore plus important de leur apprendre à regarder, à nommer les choses" puis en conclusion, il prédit : "A défaut d'artistes, on forme des générations de regardeurs". Bien vu !

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